Le dimanche 11 septembre 1942, des Juifs douaisiens étaient raflés à Douai et déportés.

13 Douaisiennes et Douaisiens ont été arrêtés puis déportés.

Pour ne jamais oublier, la municipalité a déposé le 11 septembre 2022, un Stolperstein, pavé de mémoire, pour chaque douaisien déporté, face à son dernier domicile.

Voici leurs histoires, rédigées par les élèves de la classe d'histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques du lycée Châtelet de Douai.

4656 rue nationale, Frais-Marais

Ici habitaient…

Joseph STRYCHARZ

Né en 1906
Arrêté le 14 mai 1941
Interné à Beaune-la-Rolande
Puis à Compiègne
Déporté en 1942 à AUSCHWITZ
Assassiné le 12 juillet 194

Nathan STRYCHARZ (pas de photo disponible)
Né en 1897
Arrêté le 18 février 1943
Interné à Drancy
Déporté au camp de MAJDANEK
Assassiné le 11 mars 1943

  • Joseph et Nathan STRYCHARZ

    Joseph STRYCHARZ

    Lorsque Yossi Strycharz débarqua à Roubaix, à la fin des années 20, il décida d’abandonner son prénom polonais pour celui de Joseph. Il apprit très vite le français et suivit son frère Nathan, de Roubaix à Douai. Il se fiança à distance avec Alta - Alice Fingerhut et la fit venir à Douai où ils se marièrent en 1930.
    Ensuite, Joseph et sa femme décidèrent de partir s’installer à Paris où Joseph trouva du travail dans le Marais, comme pâtissier.

    Après la déclaration de guerre, en septembre 1939, Joseph décida de s’engager dans la Légion étrangère pour combattre l’armée allemande. Après sa démobilisation, en 1940, il décida de rentrer à Paris, en zone occupée, avec sa femme et ses deux enfants et reprit alors son travail de pâtissier. Quand la législation nazie, exigea que les juifs se déclarent, il se rendit, au commissariat et fut convoqué par la Préfecture de Paris, comme des milliers d’autres parisiens juifs :  il était l’un des 3 710 hommes de la « rafle du billet vert ».

    Ils furent déportés d’abord au camp de Beaune-la-Rolande, où Alice et ses enfants purent le voir, une première fois, très rapidement. Joseph eut ensuite une permission de 5 jours, en août 1941, et revint à Paris. Il retourna au camp et sa famille put le voir une seconde fois, au printemps 1942, où il dit à son fils de 5 ans qu’il allait désormais « être l’homme de la famille ». Ce fut la dernière fois qu’Alice et ses enfants virent Joseph.

    Il fut ensuite déplacé dans un camp à Compiègne, d’où il fut déporté à Auschwitz-Birkenau et assassiné, parce que Juif.

    Alice et ses enfants survécurent à la guerre, cachés et protégés par la résistance.

    Nathan STRYCHARZ

    Nusen Strycharz, juif libéral, avait choisi de se prénommer Nathan en arrivant en France à la fin des années 20. Il avait fui l’antisémitisme de la Pologne de cette époque. Son exil avait commencé par un voyage difficile, qui l’a finalement amené à Roubaix où il créa son entreprise de commerce de grains. Puis, il déménagea son négoce à Douai, où il s’installa dans une grande maison. Il voulait obstinément faire venir sa famille en France, notamment ses 6 frères et sœurs, pour la soustraire aux persécutions polonaises. Il finança d’abord le voyage de sa sœur Annette ; puis son frère Joseph le rejoignit et le seconda dans son entreprise.

    Mais leur vie bascula avec l’invasion de la France, en mai 1940. Ils se réfugièrent dans un premier temps dans le Calvados, chez leur sœur Annette. Mais Nathan reprit la route pour aller chercher à Paris sa belle-sœur Alice, la femme de Joseph, ainsi que ses neveux, Suzanne et Charles-Jacques. Ensemble, ils se réfugièrent à Lons, village à proximité de Pau, où Joseph, démobilisé, les rejoignit. Malheureusement, ni Nathan ni Joseph ne trouvaient de travail, ce qui poussa Joseph et sa famille à regagner leur domicile parisien alors que Nathan resta à Lons où il devint ouvrier agricole dans une ferme. C’est là que sa nièce Suzanne le rejoignit, en 1942, après l’arrestation d’abord de son père, puis de sa mère et de son frère. Il la protégea comme sa fille.

    Nathan fut arrêté le 18 février 1943, par des gendarmes français, sous les yeux de Suzanne, désespérée. Il transita quelques jours par le camp de Gurs, avant d’être interné à Drancy. 

    Il fut déporté par le convoi 51 pour Majdanek, où il fut assassiné, parce que né Juif, le 11 mars 1943.

58 rue du Champ Fleuri

Ici habitaient…


Adolphe SOKOLSKI
Né en 1898
Arrêté le 11 septembre 1942
Interné à Malines
Déporté en 1942 à AUSCHWITZ
Libéré

Sosia SOKOLSKI
Née GRUSZKA en 1918
Arrêtée le 11 septembre 1942
Internée à Malines
Déportée à AUSCHWITZ
Assassinée le 17 septembre 1942

Francine SOKOLSKI
Née en 1939
Arrêtée le 11 septembre 1942
Internée à Malines
Déportée à AUSCHWITZ
Assassinée le 17 septembre 1942

Arlette SOKOLSKI
Née en 1938
Arrêtée le 11 septembre 1942
Internée à Malines
Déportée à AUSCHWITZ
Assassinée le 17 septembre 1942

Jacqueline SOKOLSKI
Née en 1936
Arrêtée le 11 septembre 1942
Internée à Malines
Déportée à AUSCHWITZ
Assassinée le 17 septembre 1942

  • Adolphe, Sosia et leurs filles Francine, Arlette et Jacqueline SOKOLSKI

    « Monsieur Adolphe » comme le surnommaient les ouvrières de l’usine Cousineau de Douai, était un Douaisien, né à Varsovie et devenu français. Il avait fui, dans les années 20, la violence de l’antisémitisme polonais pour s’installer en France.

    Marié puis divorcé une première fois, il épousa Sosia et s’installa à Douai. Ils eurent ensemble 3 filles. Adolphe était d’une nature énergique, aimait nager, était apprécié pour son humour et sa joie de vivre. Sa fille aînée, Jacqueline, était une très bonne élève.

    À la déclaration de guerre, en septembre 1939, Adolphe s’engagea dans la Légion étrangère, mais l’armée française le renvoya à Douai pour confectionner des uniformes.  L’arrivée de Pétain au pouvoir, en 1940, lui fit perdre sa nationalité française. En juin 1941, il fut interné par les autorités allemandes en Belgique. Relâché en mars 1942, il rentra à Douai.

    À 4 heures du matin, le 11 septembre 1942, Adolphe, Sosia, Jacqueline, Arlette et Francine furent arrêtés. Ils furent transférés au camp de Malines, en Belgique et arrivèrent à Auschwitz-Birkenau par le convoi n°10, le 17 septembre. Sosia, Jacqueline, Arlette et Francine furent immédiatement assassinées. Adolphe survécut, avec le matricule 64095, jusqu’en août 1944 ; il fut alors transféré à Dachau. 

    Libéré, il rentra à Douai en train, en mai 1945.

    Adolphe ne retrouva la nationalité française qu’en 1947. Il se maria avec Tauba-Thérèse Izraelska, et eut un fils, Claude, qui n’apprit qu’à la mort de son père que celui-ci avait eu des enfants avant la guerre, et qu’il avait survécu aux camps nazis. 

    Adolphe SOKOLSKI est mort en 1967.

71 rue des Malvaux

Ici habitaient…

Herman ROSENBLIT
Né en 1894

Arrêté le 11 septembre 1942
Interné à Malines
Déporté à AUSCHWITZ
Assassinée le 9 octobre 1942

Isidor ROSENBLIT (pas de photo disponible)
Né en 1928
Arrêté le 11 septembre 1942
Interné à Malines
Déporté en 1942 à AUSCHWITZ
Assassiné

  • Herman et Isidor ROSENBLIT

    Herman Rosenblit était un Douaisien arrivé de Pologne depuis au moins 1937. Ses parents étaient Icek et Szandla Rosenblit. A partie de 1941, il a vécu seul avec son fils unique, Isidor Rosenblit, également déporté. Il travaillait pour un marchand tailleur de Lille, François Bettinger, en tant qu’ouvrier tailleur.

    Lorsqu’il refait une demande de carte ďétranger, en 1941, il avait perdu sa nationalité polonaise et était devenu apatride. La préfecture de Lille mentionnait alors dans son dossier qu’il manifestait une « bonne conduite » et une « bonne moralité ».

    Il a été arrêté, à Douai, lors de la rafle du 11 septembre 1942 et interné à Malines pendant 4 jours, après lesquels il fut déporté à Auschwitz par le convoi numéro 10. Ce convoi fut particulièrement meurtrier. En effet, sur les 1048 déportés du convoi, seules 17 personnes ont survécu. Selon le registre des décès ďAuschwitz, qui indique une « malformation cardiaque », il est mort le 9 octobre 1942.

    Arrêté avec son père le 11 septembre 1942 et interné à Malines, Isidor Rosenblit avait 14 ans lorsqu’il a été déporté. Fils de Dora Jakubowicz, il était né en 1928 à Schwentorslowitz, en Pologne, où fut installé en 1943, un camp de concentration dépendant ďAuschwitz. Il a vécu avec son père, Herman, et fut également déporté à Auschwitz, le 15 septembre 1942 dans le convoi numéro 10. 

    La date de son assassinat reste inconnue, bien que tout porte à croire qu’il a été assassiné dés son arrivée au camp.

197 rue Morel

Ici habitait…

Henri REDLUS
Né en 1926
Arrêté le 15 juin 1942
Interné à PITHIVIERS
Déporté en 1942 à AUSCHWITZ
Assassiné

  • Henri REDLUS

    Né à Paris, il était le sixième d’une fratrie de dix enfants habitant rue Morel, à Douai. Ses parents avaient en effet, fui l’antisémitisme de la Pologne pour la France, pays pour eux des Droits de l’Homme. 

    Henri et son frère François étaient très proches puisqu’ils dormaient dans la même chambre et qu’ils furent scolarisés ensemble à l’école maternelle, puis à l’école primaire Jules Ferry, rue des Wetz. Ils aimaient jouer aux billes, faire du vélo sur la place Carnot, jouer à Tarzan. Les deux frères pratiquaient aussi intensément la gymnastique à Douai, et faisaient de temps en temps des démonstrations place Carnot. 

    Lors de l’invasion allemande de la France en mai 1940, toute la famille a quitté Douai pour la Normandie et a donc abandonné la maison familiale. Ils sont ensuite partis en Bretagne puis à Paris, où ils furent d’abord logés chez leur sœur aînée. 

    Mais le 15 juin 1942, en allant chercher son étoile juive au commissariat de la rue Chanzy, Henri a été arrêté par la Gestapo, ce qui a conduit le reste de la famille à se disperser et à se cacher à la campagne jusqu’à la fin de la guerre. 

    Après son arrestation à Paris, parce que né Juif, Henri a été interné au camp de Pithiviers, puis déporté le 21 septembre 1942, dans le convoi 35 vers Auschwitz. Il est décédé lors de la « Marche de la mort » de l’hiver 1944-1945, comme l’ont raconté deux des survivants à sa famille après la guerre.

114 rue de Paris

Ici habitaient…

Jacob SLOMNICKI
Né en 1906
Arrêté le 11 septembre 1942
Interné à Malines
Déporté en 1942 à AUSCHWITZ puis BUCHENWALD
Assassiné le 15 mars 1945

Laja SLOMNICKI
Née à PRUSZICKA en 1902
Arrêté le 11 septembre 1942
Interné à MALINES
Déportée en 1942 à AUSCHWITZ
Assassinée

  • Jacob et Laja SLOMNICKI

    Arrêtés le 11 septembre 1942, vers 5H du matin, Jacob et Laja Slomnicki étaient commerçants et vendaient des chapeaux dans leur magasin de la rue de Paris, et sur les marchés. Polonais juifs, ils avaient fui les persécutions antisémites de la Pologne de l’entre-deux guerres. Ils espéraient construire leur vie en France.

    Blond, athlétique et gentil, Jacob était aussi apprécié pour son humour débordant et sa sympathie naturelle. Arrivé en France dans les années 1920, il se maria avec Laja Pruszycka, qui accueillait souvent sa nièce Georgette Liakhoff, pour le déjeuner, car elle aimait cuisiner. Ils aimaient écouter de la musique à la radio, et entretenaient des liens réguliers avec leur famille restée en Pologne.

     

    Tous deux étaient de grands lecteurs et, d’après leur nièce, ils formaient un couple très amoureux. Le peu de temps libre dont ils disposaient était consacré à des promenades dans la campagne douaisienne.

    Le couple fut arrêté par la police française, encadrée par des gendarmes allemands. Puis ils passèrent plusieurs heures à la gare de Douai avant d’être déportés par la gare de Lilles-Fives au camp d’internement de Malines, en Belgique.

    Le 15 septembre 1942, Jacob et Laja furent déportés par le convoi numéro 10 dont la destination était le camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Ils furent séparés dès leur arrivée à la gare d’Auschwitz par la sélection opérée par les SS. Il est très vraisemblable que Laja a été immédiatement assassinée dans une des chambres à gaz de Birkenau .

    Mais Jacob a vécu un long internement durant lequel il dut survivre aux hivers glaçants et aux étés caniculaires qu’il affrontait tout en travaillant durement dans des mines de charbon dépendant d’Auschwitz. Et lorsque, début 1945, l’avancée de l’armée soviétique a poussé les nazis à transférer les prisonniers vers d’autre camps, Jacob fut déplacé au camp de Gross-Rosen, puis au camp de Buchenwald le 7 mars 1945, il y fut assassiné le 15 mars 1945.

44 rue des minimes

Ici habitait…

Isaak-Oscar ZAIDMAN
Né en 1903
Arrêté le 9 septembre 1943
Interné à MARTIGUES
Puis à DRANCY
Déporté en 1944 dans le convoi 73
Assassiné dans les ÉTATS BALTES